
Roman, Collection « Contemporains »
160 pages, 140×200 mm, 18 €
ISBN : 9782487782006
Parution le 23 octobre 2025
Qui n’eut la sensation, soudain, dépassé par les événements, d’avoir même densité que mythes et légendes, même poids que terre et ciel réunis ? Qui n’a vu cette sensation se répéter à intervalles irréguliers au cœur de scènes tout aussi quotidiennes qu’énigmatiques, tout aussi triviales que capitales, là où forces de vie et forces de mort livrent un combat sans merci ?
L’auteur se contente ici de tirer le fil de ces minutes ineffaçables en empruntant les voix qui lui ont semblé les plus appropriées pour en extraire sens, images et sons, et tout ce qui s’ensuit.
L’auteur
Né dans les années 1960, Ludovic Le Gall a fait tous les métiers. Il est d’ailleurs maintenant homme à tout faire en banlieue parisienne. C’est son premier ouvrage, publié sous pseudonyme.

« Ce fut ce jour-là, bien sûr, que tout a pris fin et que tout a commencé. Ce ne peut être que ce jour-là – immaculé – où j’ai dû me décider, où j’en ai fini avec l’enfance, où j’ai commencé à serrer les mâchoires jusqu’au sang. »
OUVERTURE DU LIVRE (LUE PAR YVES ROULLIÈRE)
Réactions à l’ouvrage
D’une philosophe : Après une première lecture [le livre] ne cesse de me convoquer tant il est impressionnant. Il m’est une preuve que le langage, dans ses infinies cascades d’échos, parvient à sa propre abolition, « fragile pont de neige » vers l’ineffable. De quoi en rester sans voix et heureux de l’être.
D’un poète : Ce livre est extraordinaire. Le mot qui me vient à l’esprit pour en parler est « force » ; une force qui ne souffre pas de la division en chapitres courts, au contraire puisque chacun, ou presque, évoque un moment où tout bascule (« Le moment ou jamais »), entre la vie et la mort, l’enfance et la solitude, l’adolescence et l’âge adulte, le plaisir et la conscience, et quand les choses restent en suspens, c’est au profit de l’accès à la vérité (comme dans le combat du torero). L’auteur y fait coïncider l’instantané et le définitif. Ce moment intense est « innommable » et les stratégies pour lui donner un nom malgré tout (« action de grâces », par exemple), souvent parfaitement inattendu, sont aussi un jeu baroque avec le lecteur qui s’y prête parce qu’il sent l’auteur aussi dérouté que lui. Dans cette approche de « l’instant blanc », il traverse tous les domaines, depuis l’intimité du couple jusqu’à l’exploration « réaliste » des banlieues et des aéroports. On trouve même parmi les proses le beau poème « Cette femme inconnue ». Il me semble qu’un fil secret court d’un texte à l’autre, même s’il disparaît parfois dans la tapisserie : celui de la quête de celui qui cherche l’auteur depuis toujours (quête passant par les « Exercices spirituels » qu’il raconte avec beaucoup d’humour), qui déboucherait sur un consentement à être aimé. Vu le point de départ, la « déprise » de celui qui s’était juré de ne se reposer sur personne n’a pas dû être facile.
D’un historien : J’ai traversé l’œuvre à petites doses et découvert avec bonheur son style original. C’est peu dire que ces pages m’ont plongé dans d’autres mondes que ceux de mes lectures habituelles ! Je demeure saisi par la variété déconcertante (pour le lecteur que je suis) des thèmes, des images et des atmosphères.
D’une soignante : J’ai découvert dans ce livre la personnalité mystique de l’auteur. Celui-ci a un style original souvent poétique au vocabulaire très riche et même mystérieux parfois… J’y ai ressenti aussi de la douleur toujours prête à renaître malgré le temps passé, ce qui m’a beaucoup émue. Je pense qu’après ce livre il a dû se sentir plus apaisé.
D’un historien : J’en ai les yeux qui parpelègent. […] L’impossibilité de faire confiance à quiconque… Mais on n’est pas « dans la plainte » comme disait Roustang. L’écriture sauve tout. Le lecteur s’accroche : « Qu’est-ce qu’il va encore trouver ? » C’est bouleversant, à froid.
D’un critique littéraire: Ce livre remue beaucoup de choses et en même temps invite à ne pas céder au désespoir. Que nos histoires personnelles sont complexes et pleines de blessures… Merci de la confiance que vous faites à vos lecteurs.
D’un poète : Ce livre marque l’avènement simultané d’un artiste et d’une nouvelle maison d’édition, qui n’hésitent pas à former une entreprise qui n’eut jamais d’exemple. Celle de jeter au ciel, sous les apparences d’un livre, un objet échappant aux genres et se fixant, pour ainsi dire, dans la mémoire pour cette raison même qu’il a été propulsé par-delà les ailes du moulin… Cette suite de textes brefs, à la limite du poème en prose, parcourus par un fil rouge qui les hisse au rang de nouvelles ou de chapitres d’une même chronique, pourrait s’apparenter aux mémoires de l’auteur : il n’en est rien. Pas de « racontage de mézigue » (Jacques Perret), alors même que la matière première en est bien la vie de l’artiste. Mais une vie reçue de plus grand que soi, une vie sans le « moi », qui s’impose et repasse par l’esprit, plus tard, dans cette vision seconde qui confirme après coup son importance. Comme l’écrit José Bergamin à propos de Dostoïevski : c’est « une perspective dramatique qui fixe pour toujours dans notre mémoire – notre âme – une image vivante de manière aussi naturelle que surnaturelle, durable. Sans la voir, sans l’entendre et, presque aussi, sans la comprendre. » Instants fondamentaux, qui ne renaissent que pour s’effacer aussitôt. On devient scrutateur de sa propre vie à l’aune d’un tel style. La langue est mise au service de la grâce : on la sent onduler terriblement à l’approche du séisme, puis se détendre et, entre deux, on devine la force de qui est advenu. Jamais on ne peut y être totalement présent, mais la brièveté bénéfique des chapitres donne le la, de l’ »introït » à la « coda », et laisse le silence nous stupéfier. Ou en rire, ou en pleurer. Car le moi qu’on devient n’est pas celui qu’on voudrait, c’est le moins qu’on puisse dire, il apparaît à son désavantage le plus souvent, avec une simplicité bouleversante. L’auteur nous rend libres comme lui. Le livre signe un art de consentir, de se laisser accoucher et naître tout ensemble à la vraie vie. Relecture infinie des points invisibles qui nous constellent. Car aux yeux de Dieu il semblerait que nous soyons ce ciel. À son tour, l’auteur part à la recherche de l’instant stratosphérique où son père ne l’a pas tué, et en le manquant, l’a projeté dans une autre dimension dont il peine à revenir. Nous avec lui. Mais refusant obstinément « le confort du désespoir » ou la pause du maudit, l’enfant, le jeune homme, l’homme mûr, s’avisent, se fuient, se retrouvent, aiment, prient, marchent. Pourquoi sommes-nous touchés par cette tentative apparemment vouée à l’échec : « aller chercher ce que, poètes et mystiques t’en sont témoins, tu n’as strictement aucune chance de retrouver » ? C’est que la quête est au présent. Elle réalise au cœur de l’art, à la manière de Kafka, une douleur si proche de la mort qu’elle nous remplit d’ineffable joie, à s’y tromper : comment un être si sensible à la cocasserie, si drôle, si vivant, pourrait nourrir des pensées suicidaires, se demanderaient ses proches s’ils savaient ? C’est que, rentrant dans l’arène, il est déjà mort. Sinon il n’y rentrerait jamais. Le voilà justifié quand, à l’apparition du taureau, la vie le remplit à nouveau. Comme il l’écrit : « Tout arrive. »
